Vous savez où on va cette fois-ci ? On va dans le Doubs ! Et pas n'importe où dans le Doubs puisque c'est à Mouthe qu'on arrive. Certains vont à Los Angeles en Californie, nous on va à Mouthe dans le Doubs. Avant de prolonger ce récit, je voudrais m'assurer d'une chose : savez-vous comment on appelle les habitants de Mouthe ? Il s'agit des Meuthiards et certains vous diront que Mouthe est non seulement la ville la plus froide de France (parait-il) mais elle abrite également les habitants les plus froids de France. C'est pas moi qui le dit, c'est Christophe qui tient avec Véro la charmante maison d'hôte où on débarque après un Bordeaux - Paris (TGV qui va vite) / Paris - Frasne (TGV qui va moins vite) / Frasne - Labergement-Sainte-Marie (bus) / Labergement - Mouthe (voiture à Véro).
Bon, si on est à Mouthe dans le Doubs, c'est qu'on a prévu de faire un bout de chemin à pieds. Enfin...pas vraiment à pieds mais vous verrez ça plus tard. On va aller jusque dans l'Ain en traversant le Jura. Tout ça en itinérance avec sac à dos et tout. Classe non ?
Je vous laisse jeter un coup d’œil au parcours ci-dessous et on se retrouve juste après pour démarrer la promenade.
28/01/2018 - DAY ONE : Mouthe - Chaux-Neuve
Je vous parle quand même de notre soirée à Mouthe. On arrive donc dans notre chambre d'hôte idéalement placée en plein centre de Mouthe. Bon, c'est pas bien grand non plus Mouthe. On fait le tour de la ville ou plutôt on longe la rue principale vers le sud-ouest d'abord puis vers le nord-est où un Meuthiard m'interpelle gentiment en me demandant si j'ai regardé l'émission avec Laurent Wauquiez (croisement de Laurent Voulzy et Laurent Ruquier) hier parce que lui il trouve que c'est un mec bien.
Bon, en tout cas on est à Mouthe et je voudrais ici donner un coup de pouce à un pote qui souhaite depuis des années lancer une nouvelle expression en France ("C'est Mouthe !") qui ne prend pas vraiment.
Quelques signes en ville nous indiquent que la route s'annonce sous les meilleurs auspices.
En effet, le soir on se régale d'une tartiflette au Comté et à la saucisse de Morteau. Hé oh ! On a pas encore commencé à marcher là ! C'est pas avec nos 400 mètres de la rue principale de Mouthe dans les pattes qu'on va justifier autant de calories. Bref. On passe quand même une soirée agréable avec les autres hôtes présents à savoir deux sympathiques gars de Paris et un couple de lyonnais.
Et le lendemain on est partis. Symboliquement nous faisons un petit écart par rapport au chemin afin de démarrer depuis la source du Doubs.
Y'a pas des masses de neige mais ce départ sac à dos au petit matin à travers une belle campagne froide nous réjouit.
Un peu plus loin, la couche neigeuse qui s'épaissit est la bonne occasion de chausser nos raquettes pour un test en conditions réelles. On a pensé qu'on aller faire une bonne blague du style "la traversée du Jura en raquettes (dans le sac)" mais finalement elles nous seront bien utiles.
Alors...comment ça se met ce bazar ?
Pour la première étape, nous n'avons pas été plus ambitieux que ça. 7 ou 8 petits kilomètres avant d'arriver à Chaux-Neuve, notamment connu pour son tremplin à ski.
Ces arrivées à pieds dans ces petits villages sont bien agréables.
On pose nos affaires dans notre hôtel du jour et on file explorer les alentours car il fait soleil et plutôt chaud. On a toute l'après-midi. On savoure un casse croute en compagnie d'un de ces gros chats du coin et on va plus loin dans les collines.
Finalement on fera pas mal de bornes aujourd'hui, ayant bien marché toute l'après-midi dans ces beaux décors qui répondent bien à notre check-list que l'on avait rédigée avant de partir : calme / neige / forêt / grandes étendues / fromage / pas de boulets.
Presque pas de boulets...
Quoi de plus réjouissant qu'une bonne vue sur un tremplin...
Le soir, c'est plutôt calme dans la salle de restaurant de l'auberge du grand gît avec deux solitaires venus faire du ski de fond / skating et deux suissesses complètement in love avec la cuisine de la patronne (qui n'a rien d'exceptionnelle entre nous).
29/01/2018 - DAY TWO : Chaux-Neuve - Chapelle-des-Bois
Grand soleil ce matin, on prend un peu de hauteur pour arriver sur de beaux plateaux blancs. Ah là c'est bon ! Le port des raquettes est tout à fait justifié !
On se retrouve dans de superbes décors au calme absolu. Un bon moment pour sortir le flask de Lagavulin. Je précise ici que ce que vous pourrez considérer comme une mauvais habitude en lisant ce blog est plutôt pour nous une façon de faire une pause ludique, en toute modération. C'est aussi l'occasion de se réchauffer un peu, je vous rappelle que nous sommes dans une des régions les plus froides de France.
Galvanisés par cette gorgée, nous reprenons la route en toute trombe et en chantant à tue-tête dans les forêts doubiennes. Oui, nous ne sommes pas encore dans le Jura sinon j'aurais dit jurassiennes.
Nous nous approchons de Chapelle-des-Bois, véritable Mecque du ski de fond. Le ski de fond qui, soit dit en passant, est en passe d'être complètement surpassé par le skating qui semble être, convenons-en, nettement plus agréable.
Arrivé à Chapelle-des-Bois, nous posons nos affaires dans le vaste établissement "La maison du Montagnon". Voilà un endroit d'habitués qui réservent d'une année sur l'autre. Une expérience en elle-même ! C'est pas hyper super jeune et les cheveux sont un peu plus blancs que les nôtres même si on est pas mal de ce point de vue.
Avant de profiter des joies du sauna en communauté, on fait un tour dans les environs alors qu'une brume épaisse s'est abattue sur la campagne lui donnant des airs austères. Tu voulais voir l'hiver mon pote ? Tu l'as, wesch. A l'heure de l'ouverture du bar de l'hôtel des Bruyères, on se précipite au chaud pour commander un bon Macvin et un autre vin local. C'est pas du tout l'heure pour ça mais on s'en accommode.
Le soir, repas sur des grandes tablées où chacun a sa place réservée. On fait connaissance avec nos sympathiques voisins de tables. Et vas-y qu'il faut qu'on participe pour débarrasser la table, passer un coup d'éponge, aller chercher le quart de vin pour tout le monde...
Avant de se coucher, on dispose la chambre dans sa configuration désormais classique dite de "séchage de godillots".
30/01/2018 - DAY THREE : Chapelle-des-Bois - Bois-d'Amont
A y est, aujourd'hui on arrive dans le Jura et on va même traverser momentanément la frontière suisse. Une petite brume du matin enrobe les collines que nous allons gravir aujourd'hui. On va avoir une très belle journée, de plus en plus nature. Au programme : la traversée de la forêt du Risoux.
Une sombre histoire, je vous raconterai...
Pour info : c'est moi qui porte tout
Normal qu'avec rien dans le sac le pas de Sigrid soit plus léger...
A midi, après une petite tisane dans le très agréable Chalet Gaillard, on s'arrête dans une vielle baraque abandonnée et paumée pour ouvrir notre casse-croute. Le temps est toujours aussi agréable, il fait bon, il n'y a personne.
Plus loin, on fera une petite pause près de cette pierre qui délimite la frontière suisse. Funky non ? L'occasion d'ouvrir le Flask et déclamer l’apophtegme (ce n'est peut être pas la définition exacte ici mais je voulais le placer) du voyage : "A la France, à la Suisse, à l'amitié franco-suisse".
Nous arrivons en fin d'après-midi à Bois-d'Amont, une commune notamment connue pour ces activités de boissellerie (la fabrication de boites en bois, vous saviez pas ??)
On s'installe dans l'établissement "Le Montagnard" idéalement situé en face de l'Atac du village où je m'achète des pansements pour une sale ampoule (ainsi qu'une ou deux tablettes au chocolat).
Le soir, on partage notre table avec une charmante petit famille des Yvelines, encore des habitués de la région.
31/01/2018 - DAY FOUR : Bois-d'Amont - La Darbella
Grace au patron du Montagnard, notre journée prend une toute autre tournure. Alors qu'on s’apprêtait à prendre une pauvre navette pour rejoindre notre destination du jour, évitant ainsi une étape pas très agréable de plaine dans de la gadoue, il nous conseille de prendre de la hauteur sur la colline avoisinante d'où on pourra rejoindre un chemin qui nous conduira à destination. Banco, et encore merci car l'étape sera superbe. On sera d'ailleurs en territoire suisse toute la journée.
Après une montée plutôt costaude (je rappelle que je porte tout), on arrive sur de beaux plateaux dégagés à la neige encore intacte.
Bon ok c'est mignon, ça va...
Mais le clou de la journée, c'est l'arrivée au mont Sâla, une vraie surprise. On ne s'attendait pas du tout arriver sur un majestueux balcon donnant sur la chaîne des Alpes. C'est magique, grandiose.
Du coup on boit une gorgée modérée à la France, à la Suisse et tout ça. En dessous de nous, sous la mer de nuage, il doit y avoir le lac Léman, normalement.
En redescendant, on s'arrête autour d'un bâtiment devant abriter des vaches "à la belle saison" pour manger un bout. Et là pour le coup ça caille un peu. Le soleil s'est caché et le fait de s'arrêter de marcher nous refroidit vite, surtout ceux qui portent tout.
On reprend vite la route, on a encore quelques kilomètres à enquiller !
On arrive en fin de journée aux Rousses, en repassant du côté français. On va s'installer pour deux nuits à l'hôtel "La Darbella". Pourquoi deux nuits ? Ben parce qu'on va profiter du coin pour skier un peu !
La Derbella, ce sera un peu l'étape à 10 mille dollars. Une chambre vraiment pas donnée, location de ski, forfait journée franco-suisse, raclette le premier soir et fondue le deuxième (respect). En plus de ça, l'hôtel se plante dans la facture en nous refourguant une chambre en plus (on s'en apercevra plus tard mais je vous rassure tout s'est arrangé).
On peut, on a bien marché aujourd'hui
01/02/2018 - DAY FIVE : La Darbella
Sur le papier, tout était parfait : le tire-cul nous menant en haut des pistes était au pied de l'hôtel. Mais il a tellement neigé cette nuit que le bouzin a un peu de mal à démarrer ce matin. Alors on prend nos skis loués juste à côté de l'hôtel et on part à pieds (en chaussure de ski donc) sur la route vers les remontées les plus proches.
Oubliez le soleil, aujourd'hui c'est dans un nuage froid qu'on va évoluer. Il a du tomber 30cms de neige dans la nuit. C'est de la pure poudreuse non damée qu'on va affronter aujourd'hui. Autant Sigrid a un petit niveau qui lui permet d'évoluer avec grâce, autant moi avec mon niveau "moyen / moyen plus" comme j'ai l’habitude de dire aux loueurs de ski, je me vautre pas mal en me recouvrant à chaque fois d'un épais manteau blanc.
Mais on va pas se plaindre, on est aux sports d'hiver quoi ! Une longue remontée mécanique nous emmène jusqu'au sommet de la Dôle et les conditions y sont plutôt rudes ! On fait quelques descentes et je sens que mon niveau s'améliore pas mal. Parfois j'ai même l'impression que je ski parallèle et je fais semblant d'effectuer des plantés de bâton.
Vous êtes jamais allés au sports d'hiver ou quoi ?
Du bol que la photo soit nette : je file à près de 70km/h à ce moment précis
(note : Sigrid n'a pas toujours les bras tendus quand elle ski comme on peut le croire sur les photos)
02/02/2018 - DAY SIX : La Darbella - Lajoux
Alors voilà une belle journée qui s'annonce. Le soleil est revenu et la neige tombée la nuit d'avant recouvre les forêts pour un paysage "de carte postale". Et on va encore traverser des coins superbes comme la forêt du Massacre (encore une sombre histoire, je vous raconterai).
WTF ?
Petite halte très rapide au chalet de la Frasse, un classique du coin semble-t-il.
Franchement...c'est beau non ?
Comme à notre habitude, on trouve une baraque sur la route pour une petite pause. C'est un peu tôt donc c'est une collation rapide pour le coup.
On mangera plus loin, autour d'une maison encore plus recouverte de neige. Pas moyen de poser ses fesses nulle part !
Nous arrivons à Lajoux où on va se poser dans le troquet du bled, l'occasion de mettre la pâtée à Sigrid au baby, avant de rejoindre notre gite du soir : la maison des Inuits. Encore un établissement bien vivant et agréable avec notamment la section "handisport" du Vercors où les très malvoyants viennent se cogner joyeusement la tête dans le sauna.
03/02/2018 - DAY SEVEN : Lajoux - Bellecombe
C'est pas tout ça, mais nous sommes des itinérants. Nous ne restons jamais bien longtemps parmi vous. Vous nous voyez boire une verre avec vous un soir et le lendemain nous avons déjà repris la route. Nous avançons, toujours.
Une fois nos sacs bien fermés, nos raquettes chaussées, nous nous mettons en marche, nos pas lourds foulent la neige fraîche vers notre prochaine étape. Nous sommes des itinérants, nous ne restons pas.
Aujourd'hui, le soleil tardera à se lever mais il nous accompagnera quand même pour un bon bout de chemin.
Nous faisons notre halte "infusion" dans l'agréable gite de la vie neuve. Encore quelque chose qui ressemble à une petite aventure familiale : tout plaquer pour tenir cet établissement ?
Depuis qu'on a arrêté les selfies (pour rappel, c'est nous qui avons inventé le concept), on profite des miroirs de passage pour une photo de groupe.
Quelques dizaines de mètres plus loin, on décide de s'arrêter pour de bon dans le restaurant "Le Collège". Bon choix, on déguste une soupe et de superbes quenelles de brochet en ce qui me concerne.
Puis c'est encore une longue marche blanche qui nous conduit jusqu'à Bellecombe où nous visitons "La fromagerie du Haut-Jura" (c'est sexy comme vacances hein !) avant de rejoindre l'établissement cossu du Pré Fillet.
Encore une ambiance marrante et bien différente des autres. Ici, c'est visiblement LE resto où on se rend le samedi soir. C'est paumé mais c'est blindé ! Les petites serveuses en jupe, veste rouge et jambes nues vont de table en table apportant les plats travaillés par le chef dont le fameux poulet de Bresse. C'est un peu vieillot, suranné comme qu'ils diraient dans le Routard.
04/02/2018 - DAY EIGHT : Bellecombe - La Pesse
On va grimper un peu aujourd'hui. Et c'est drôle, c'est une journée sans jus pour moi. Je n'avance pas ! Je me traine toute la journée, j'ai l'impression que mon sac fait 150 kilos (faut dire que je porte tout).
Mais les paysages sont toujours magnifiques, on s'imprègne de plus en plus de ces ambiances paisibles du Jura.
On s'arrête manger notre œuf dur au Crêt au Merle.
Quand on est un peu naze, rien ne vaut une bonne grosse crêpe au sucre. Pour ça, on s'arrête au refuge du Berbois tenu par des proprios qui pencheraient plutôt du côté Mélenchon que de Wauquiez si on en croit leur bibliothèque fièrement exposée dans la salle à manger. Ils devraient aller faire un tour du côté de Mouthe tiens.
Après ce remontant bienvenu, j'insiste pour faire une photo devant la glace avant de repartir. Sigrid se plie gentiment au jeu.
Nous arrivons finalement dans le petit bled de La Pesse où notre chambre "Chez Burdet" nous attend. Ici le mot suranné ne s'applique même plus, on est chez Burdet quoi, et c'est tout.
On va pas se laisser abattre et on apprécie notre apéro qui vient saluer cette longue étape. J'suis rincé !
05/02/2018 - DAY NINE : La Pesse - Giron
Pour notre dernière étape, la neige va nous accompagner. Tant mieux on n'en avait pas eu jusqu'ici lors de nos marches ! Cela va donner une ambiance particulière à cette journée.
Une très belle journée encore une fois, une ambiance cotonneuse et silencieuse. Le seul truc c'est qu'on a rien à grailler aujourd'hui ! Le petit Vival était fermé ce lundi matin (on fait comment nous ??)
A la France ! A la Suisse ! A l'amitié franco-suisse !
Affamés, nous arrivons finalement à Giron, le bout du chemin pour nous. Nous sommes dans l'Ain. On s'envoie un bol de soupe bien épaisse au "relais nordique" avant d'aller nous allonger au "Bellevue" notre dernière chambre d'hôte.
On va pas se mentir, on glande pas mal pour ce dernier après-midi.
On partage notre table du soir avec des retraités gersois qui nous filent plein de noms de beaux endroits à visiter. On note tout ça pour de prochains voyages.
06/02/2018 - Back to Bordeaux !
Ce matin, on profite une dernière fois de la vue depuis la fenêtre de notre chambre et c'est la patronne qui nous conduit (20€€€€) jusqu'à Bellegarde-sur-Valserine d'où on prendra un train pour Paris puis pour Bordeaux.
La France est sous la neige et c'est la panique. Les routes sont fermées, les trains ne roulent pas et les avions n’atterrissent pas (ils ne décollent pas non plus d'ailleurs). Visiblement on a pas mal de bol car on arrive sans encombre jusqu'à notre bonne place du Chapelet.
En tout cas c'était très chouette, on a traversé le Jura en raquettes, ça faisait un moment qu'on avait ça en tête.
Ça rime et je m'arrête là. Des bisous et à bientôt.





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